1921. Un nom surgit, simple, presque anonyme : Gucci. Rien ne laissait présager que ce mot deviendrait, cent ans plus tard, l’un des porte-étendards de la mode mondiale. À Florence, l’aventure commence sans fanfare, mais la suite s’écrira en majuscules.
Gucci, une légende née à Florence
Nous sommes à Florence, l’année 1921. Guccio Gucci, fils d’artisan et bagagiste à l’hôtel Savoy, observe les allées et venues d’une clientèle internationale, attentive aux détails, exigeante sur le cuir. Il comprend vite : le vrai luxe se cache dans la précision du geste, la noblesse de la matière. Il ouvre alors sa première boutique via della Vigna Nuova. Le nom Gucci s’inscrit sur la devanture, sobre mais prometteur.
Très vite, l’atelier florentin ne se limite plus aux sacs et bagages : il devient laboratoire de style. L’audace fait partie du projet, tout comme la recherche de rareté. Florence n’est pas seulement un décor : la ville façonne l’esprit de la marque, entre tradition, raffinement et volonté d’innover. Avec ses fils à ses côtés, Guccio Gucci orchestre chaque étape, insistant sur l’exigence du détail. Les artisans florentins, réputés pour leur savoir-faire, deviennent les garants de cette qualité.
Quelques dates-clés permettent de mesurer cette ascension :
- 1921 : première boutique Gucci à Florence, point de départ d’une histoire hors normes.
- Florence, creuset du cuir italien et du bon goût.
- Guccio Gucci, visionnaire discret, façonne l’esthétique d’une époque et d’un style.
La clientèle cosmopolite ne tarde pas à suivre. Les codes, bande verte et rouge, boucle dorée, logo, deviennent signature. Gucci s’impose comme un acteur mondial, sans jamais renier ses racines florentines ni son goût du risque stylistique.
Quels moments ont façonné l’histoire de la maison ?
Des décennies de bouleversements, de remises en question et de renaissances. 1994, Tom Ford prend les commandes créatives : allure provocante, lignes affûtées, audace du « porno chic », il fait souffler un vent nouveau, propulsant Gucci au sommet du luxe le plus désiré. En quelques années, la maison se métamorphose, bouscule les habitudes, déchaîne les passions.
Quand Tom Ford quitte la scène, Frida Giannini revient à des codes plus ancrés dans le patrimoine. Elle infuse une élégance apaisée, un retour aux fondamentaux, tout en gardant l’œil sur la modernité. Puis, en 2015, Alessandro Michele explose les carcans : son univers baroque, foisonnant, décalé, attire une nouvelle génération. Les vieilles archives sont dépoussiérées, remixées, propulsées sur le devant de la scène pour séduire les jeunes et les collectionneurs.
En 2023, Sabato De Sarno prend la suite. Les projecteurs sont braqués sur lui, le marché retient son souffle. L’équilibre entre héritage et neuf, entre classicisme et rupture, devient un enjeu stratégique, sous la houlette du groupe Kering, propriétaire depuis 1999.
Repères chronologiques
Quelques jalons majeurs permettent de mieux saisir l’évolution de la maison :
- 1953 : première boutique à New York, début de l’aventure internationale.
- 1999 : Gucci rejoint Kering, sous la direction de François-Henri Pinault.
- 2011 : inauguration du Gucci Garden à Florence, espace culturel hybride.
- 2018 : création du Gucci ArtLab, laboratoire dédié à l’innovation.
Entre drames familiaux, rachats, élans créatifs et ambitions mondiales, Gucci avance, bouscule, fascine. L’histoire de la maison, c’est celle d’une marque qui refuse de se laisser enfermer dans un schéma, préférant réinventer sans cesse ses propres règles.
Créations iconiques et héritage stylistique
Chez Gucci, chaque décennie marque un tournant. Le sac Bamboo apparaît dans les années 1940 : sa poignée en bambou, née d’un contexte de pénurie, se transforme en emblème d’ingéniosité italienne. Le mocassin à mors de cheval, quelques années plus tard, conquiert les rues de Milan puis de New York. Il séduit autant les élégantes que les stars du grand écran.
Dans les années 1960, deux créations font date. Le foulard Flora, imaginé pour Grace Kelly, offre un éclat de couleurs et de motifs. Le sac Jackie O, baptisé en l’honneur de Jackie Kennedy Onassis, s’impose rapidement comme accessoire culte. Ces pièces démontrent que Gucci sait créer des objets qui traversent le temps, transcendent les modes éphémères.
Le fil du patrimoine s’enrichit encore :
- Le logo GG, lancé dans les années 1970, devient un repère visuel, sans cesse revisité.
- Le sac Dionysus, conçu par Alessandro Michele en 2015, marque l’irruption d’un style baroque maximaliste.
- À cela s’ajoutent bijoux raffinés, parfums comme Gucci Flora, sneakers, montres… chaque univers trouve sa place.
Gucci capte l’air du temps, le façonne, puis le réinvente. On retrouve ses pièces sur Madonna, Brad Pitt, Harry Styles, Lady Gaga… La maison ne se contente pas de suivre la tendance : elle la crée, la détourne, la magnifie. L’héritage stylistique de Gucci, c’est cette capacité à métamorphoser ses codes sans jamais perdre son identité.
l’influence de Gucci sur le luxe contemporain
Impossible d’ignorer la place prise par Gucci dans la mode actuelle. La maison, toujours à la recherche de nouveaux territoires, a multiplié les collaborations ces dernières années : rencontre explosive avec Adidas en 2022, fusion inattendue avec Balenciaga en 2021, hommage à Dapper Dan, figure du Harlem créatif. À chaque projet, une nouvelle facette, un mélange des genres, une réinvention du dialogue entre histoire et modernité.
Gucci choisit la fusion : collections homme et femme réunies dès 2016, campagnes qui célèbrent la diversité, défilés aussi spectaculaires qu’inattendus, l’abbaye de Westminster, la Place Vendôme, Shanghai… La marque ne vend plus seulement des objets, elle propose une expérience, un récit, un choc visuel. Elle s’adresse à une génération qui exige authenticité et prise de parole.
La responsabilité sociale et le respect de l’environnement ne sont pas oubliés. Fin de la fourrure en 2017, efforts pour garantir la traçabilité des matières, engagement sur la réduction de l’empreinte carbone, Gucci pose de nouveaux standards pour le secteur, sous le regard attentif de ses concurrents et de Kering.
Le cinéma s’empare aussi du mythe. House of Gucci, réalisé par Ridley Scott, met en scène la saga familiale, les excès, les drames, le génie parfois fou qui anime la maison. Gucci devient tour à tour sujet, décor, légende vivante du luxe mondial. Cent ans, et toujours cette capacité à surprendre, déplacer, intriguer. Le rideau ne tombe jamais vraiment chez Gucci : chaque collection, chaque prise de parole, chaque scandale ou triomphe relance la partie. Qui osera parier sur la forme que prendra le prochain acte ?


